20261011 Genèse 48:1–49:28 : Que le Seigneur vous bénisse
Que signifie bénir ? Quand quelqu'un éternue et que vous dites « À vos souhaits » ou « Que Dieu vous bénisse », qu'entendez-vous par là ? S'agit-il simplement d'une formule creuse, ou désirez-vous vraiment quelque chose pour cette personne ? Lui souhaitez-vous la bonne santé, l'abondance, le réconfort et la richesse ? Pourquoi pas ?
Ma théorie
est que, sur le plan biblique, la bénédiction correspond à ce que Dieu a offert
en Éden. La vie en Éden est une vie bénie. Prononcer une bénédiction, c'est
exprimer le désir de voir cette vie d'Éden s'accorder à quelqu'un. La
bénédiction de Dieu pour l'humanité au chapitre 1 de la Genèse était : « Soyez
féconds, multipliez-vous et gérez la vie édenique ! »
Les
bénédictions de l'Éden sont ce à quoi chaque cœur humain aspire profondément.
Nous désirons un monde d'abondance où l'on peut jouir des bonnes choses sans
tomber dans l'excès. Nous aspirons à une intimité vraie et sans honte. Nous
recherchons le plaisir sain et la beauté. La vie en Éden, c'est la paix
spirituelle avec Dieu. C'est la paix intérieure au plus profond de soi. C'est
la paix relationnelle les uns avec les autres. C'est la paix harmonieuse avec
notre environnement, notre culture et le monde qui nous entoure.
Une
bénédiction est l'expression d'un désir de voir Dieu offrir et multiplier la
vie de l'Éden dans et à travers une personne, afin qu'il y ait plus de joie en
Dieu, plus de paix intérieure, des relations plus saines et une meilleure
appréciation des dons de Dieu dans la création. Dans un monde marqué par le
péché, une bénédiction est l'expression d'un espoir dans la rédemption de Dieu
et dans la Nouvelle Création. Lorsque Dieu bénit, il offre ce genre de vie ou
s'engage à agir chez quelqu'un pour la lui apporter. Et lorsque nous bénissons,
nous exprimons le souhait ardent que Dieu accorde sa bénédiction. Plus encore,
si nous sommes sincères, nous nous engageons à favoriser cette vie d'Éden chez
la personne que nous bénissons. Ainsi, chaque fois que quelqu'un éternue et que
vous lui dites « Que Dieu te bénisse ! », que ces mots ne soient pas vides de
sens. Prenez conscience de toute la portée de ce que vous dites !
Dans Genèse
48 et 49, les paroles de Jacob à ses enfants sont appelées des bénédictions en
Genèse 49:28, même si elles contiennent aussi des reproches, des avertissements
et des jugements. Les paroles de Jacob sont également prophétiques et
s'accompliront dans l'histoire des douze tribus. Nous verrons que ces chapitres
s'inscrivent parfaitement dans le cadre des bénédictions édeniques. Ces
bénédictions finales font écho à celles du début de la Genèse, aux chapitres 1
et 2. Ces bénédictions qui encadrent le livre de la Genèse nous rappellent l'un
de ses thèmes centraux : Dieu va bénir le monde. La répétition du thème de la
bénédiction dans la Genèse montre clairement l'intention de Dieu. Dieu va
restaurer le monde. À mesure que ce thème se développe, la bénédiction devient
de plus en plus précise. Genèse 48 et 49 offrent l'image la plus claire à ce
jour de la manière dont Dieu va sauver le monde et rétablir l'Éden sur la
terre.
Genèse 48
et 49 nous montrent comment Dieu bénira le monde : à travers Israël et par un
Roi messianique issu de la tribu de Juda, qui régnera à la manière de Joseph.
Nous examinerons : (1) les bénédictions de Dieu pour les nations, (2) la
bénédiction de Dieu à travers Israël, et (3) la bénédiction de Dieu à travers
un Roi de la lignée de Juda qui règne comme Joseph.
Premièrement, dans Genèse
48, nous voyons la bénédiction de Dieu pour les nations à travers la
bénédiction d'Éphraïm.
La
bénédiction que Jacob accorde à ses deux petits-fils dans Genèse 48 révèle la
bénédiction de Dieu pour l'ensemble des nations.
Genèse 48
L'adoption
des nations
Le projet
de Dieu est de bénir le monde entier. Il va le réaliser à travers la famille de
Jacob. Quelque chose d'incroyable se produit au chapitre 48 de la Genèse : à sa
manière, Jacob intègre les nations au peuple d'Israël.
Dans Genèse
48:3-4, Jacob se rappelle la promesse de Dieu de faire de lui « une assemblée
de peuples ». Puis, en Genèse 48:5, il adopte les enfants mi-égyptiens de
Joseph afin qu'ils héritent de la bénédiction de Dieu au même titre que ses
propres fils. Ainsi, deux des demi-tribus d'Israël sont à moitié égyptiennes,
ce qui équivaut à toute une tribu d'Israël d'origine étrangère.
Cette
intégration de l'Égypte annonce les paroles prophétiques d'Ésaïe 19:16-25 : «
21 Et le SEIGNEUR se fera connaître des Égyptiens, et les Égyptiens connaîtront
le SEIGNEUR en ce jour-là ; ils le serviront avec des sacrifices et des
offrandes, ils feront des vœux au SEIGNEUR et les accompliront. … 24 En ce
jour-là, Israël sera le troisième associé à l'Égypte et à l'Assyrie, une
bénédiction au milieu de la terre, 25 que le SEIGNEUR des armées bénira en
disant : 'Bénie soit l'Égypte, mon peuple, et l'Assyrie, l'ouvrage de mes
mains, et Israël, mon héritage !' »
La
bénédiction des nations
Dans Genèse
48:9, Jacob dit à Joseph qu'il souhaite bénir ses deux fils adoptifs. Cela
signifie qu'à travers ses deux fils, Joseph reçoit une double part de
bénédiction. Selon Genèse 48:10, Jacob est devenu comme son père Isaac : sa vue
a baissé (Genèse 48:10 comparez avec 27:1) et il déclare le plus jeune plus
grand que l'aîné.[i] Jacob prononce cette bénédiction : « Qu'ils multiplient
abondamment au milieu de la terre ! » Et au verset 19 : « Son frère cadet sera
plus grand que lui, et sa descendance deviendra une multitude de nations. »
Joseph est honoré à tel point que, selon Genèse 48:20, « Israël bénira en
disant : Que Dieu te rende comme Éphraïm et comme Manassé ! »
Cette
bénédiction accordée à deux garçons mi-égyptiens jouera un rôle clé dans la
bénédiction future des nations. Tout d'abord, Éphraïm deviendra la tribu
dominante du royaume du Nord. Elle sera la plus nombreuse (Josué 17:14-18). Des
rois seront issus d'Éphraïm et de Manassé. Éphraïm deviendra si puissante que
le nom « Éphraïm » servira souvent à désigner « Israël » ou le « Royaume du
Nord ».
La deuxième
manière dont la bénédiction de Jacob s'accomplit, c'est qu'Éphraïm se
dispersera parmi les nations. En guise de jugement contre un Israël pécheur,
Dieu les dissipe parmi les peuples (Amos 9:9). Cette dispersion parmi les
nations est une punition, mais elle devient aussi un moyen de salut pour ces
mêmes nations. Après la dispersion d'Éphraïm parmi les peuples, Ézéchiel a la
célèbre vision de la vallée des ossements desséchés. Ézéchiel 37:15-28 parle
d'une vision avec deux morceaux de bois : l'un représente Juda et l'autre
Joseph ou Éphraïm dispersé parmi les nations. La prophétie annonce qu'après
avoir été dispersés, les deux seront à nouveau réunis sous l'autorité du Roi
messianique. Dans le Nouveau Testament, cette réunion des deux en Christ désigne
l'intégration des non-Juifs dans l'Église (Éphésiens 2:11-14). Alors
qu'Ézéchiel dit au sujet du royaume du Nord et du royaume du Sud dans Ézéchiel
37:22 : « ils ne formeront plus deux nations et ne seront plus divisés en deux
royaumes », Paul écrit au sujet des non-Juifs et des Juifs dans Éphésiens 2:14
: « Car il est lui-même notre paix, lui qui des deux n'en a fait qu'un, en
renversant le mur de séparation qui les // séparait ». On voit bien l'histoire
d'Éphraïm pour la bénédiction des nations : Dieu les a rendus nombreux, il les
a dispersés pour les corriger, et dans leur dispersion, ils se sont mêlés aux
nations. Puis, en les restaurant en Christ, il a attiré avec eux les nations à
la connaissance du Christ.
Application
Alors, quel
est le rapport pour nous aujourd'hui avec l'adoption des Égyptiens par Jacob ou
la bénédiction d'Éphraïm ? Nous qui ne sommes pas juifs de naissance, nous
sommes la preuve que Dieu bénit le monde entier. Cette bénédiction, c'est la
vie de l'Éden offerte en Christ à tous ceux qui font partie des nations.
À cause du
péché, nous avons été privés de la vie d'Éden. Nous avons perdu notre relation
avec Dieu, notre paix intérieure et des relations fondées sur la grâce. Nous
jouons au plus fort et exploitons la création au lieu d'en être des gérants
humbles et responsables. En Christ, le pardon des péchés nous réconcilie avec
Dieu. Le pardon des péchés nous réconforte et soulage notre honte. Le pardon
des péchés est le fondement de relations restaurées où règne le pardon. Le
pardon des péchés nous transforme : d'exploiteurs, nous devenons des gardiens
pris de soin pour le monde qui nous entoure.
Voilà le
plan de rédemption de Dieu, et Dieu aime toutes les nations. Un jour, l'Égypte
sera appelée « mon peuple », elle qui avait pourtant réduit Israël en
esclavage. La bénédiction de Dieu pour l'Égypte signifie que sa bénédiction
s'adresse à tous. Si nous croyons à la bénédiction de Dieu pour les nations,
les chrétiens n'ont pas d'ennemis humains. Nous devons être un peuple qui aime
toutes les personnes, sans distinction. Nous devons être une Église qui ne se
contente pas d'annoncer la bénédiction de Dieu en Christ, mais qui s'engage
aussi pour que cette bénédiction se répande par la mission.
Dans notre
église, 10 % des dons reçus sont redistribués pour soutenir financièrement
d'autres œuvres chrétiennes. C'est l'une des façons dont nous voyons la
bénédiction de Dieu déborder de chez nous vers les autres. Notre église
soutient l'implantation d'une église en Roumanie, un ministère chrétien
francophone auprès des étudiants universitaires, les camps Interaction ainsi
qu'une maison d'édition chrétienne francophone pour aider à diffuser
l'Évangile. Un auteur a écrit un jour : « C'est un Juif qui a apporté
l'Évangile à Rome ; un Romain qui l'a porté en France ; un Français qui l'a
fait connaître en Scandinavie ; un Écossais qui a évangélisé l'Irlande ; et un
Irlandais qui a ensuite entrepris la conquête missionnaire de l'Écosse. Aucun
peuple n'a jamais reçu l'Évangile autrement que par les mains d'un étranger.
»[ii] Beaucoup d'entre nous sont des étrangers qui vont à la rencontre d'autres
étrangers. Notre mission est d'aimer au nom de Jésus, par nos paroles et par
nos actes. Nous encourageons la vie d'Éden : la paix avec Dieu, la paix
intérieure et la paix relationnelle.
Deuxièmement, dans Genèse
49, nous voyons la bénédiction de Dieu à travers Israël.
Genèse 49
rassemble les paroles de Jacob adressées à ses fils. Jacob commence en Genèse
49:1 : « Assemblez-vous, et je vous annoncerai ce qui vous arrivera dans la
suite des temps », ou « dans les derniers jours ». Les paroles et les
bénédictions de Jacob décrivent une partie de l'histoire d'Israël que l'on
retrouve dans les livres de Josué, des Juges, de Samuel, et même au-delà de
l'exil à Babylone. L'enseignement principal est que Dieu agit à travers Israël
dans son ensemble, et pas seulement par la ligne de Juda, la lignée du Messie.
Genèse 49
Les trois
premiers fils semblent recevoir une malédiction plutôt qu'une bénédiction. Cela
fait suite aux événements racontés dans Genèse 33 et 34. Ruben a couché avec la
concubine de son père, tandis que Siméon et Lévi ont fait preuve d'une grande
violence à Sichem.
Ruben a
ainsi perdu son droit d'aînesse et la double part de bénédiction qui
l'accompagnait. Dans tout l'Ancien Testament, aucun grand dirigeant, roi ou
juge n'est issu de la tribu de Ruben. Siméon et Lévi se retrouvent dispersés en
Israël : Siméon sera absorbé dans le territoire de Juda, tandis que les Lévites
serviront comme prêtres répartis dans tout le pays. Issakar jouira d'une bonne
terre, mais subira de fréquentes invasions.
Dan et Gad
devront eux aussi lutter contre leurs ennemis.[iii]
Aser est
associé aux délices royaux, un mot formé sur la même racine hébraïque que le
mot « Éden ». Aser sera réputé pour son huile d'olive abondante (Deutéronome
33:24). Nephtali sera béni par de vaillants guerriers qui aideront à établir la
paix (Juges 4-5).
Puis
Joseph, tout comme Juda, se distingue par une bénédiction plus longue. La
bénédiction de Joseph préfigure le fait qu'Éphraïm deviendra la tribu la plus
puissante et la plus influente du Royaume du Nord.
Enfin,
Benjamin est comparé à un loup dévorant. La tribu de Benjamin sera reconnue
pour sa grande valeur militaire (Juges 20:16 ; 1 Samuel 9).
Application
Je dois
avouer qu'avant de prendre le temps d'étudier plus en détail Genèse 49, je ne
m'intéressais qu'aux paroles de Jacob destinées à Juda. Je voyais ce chapitre
uniquement comme l'une des plus grandes prophéties messianiques, en négligeant
le reste.
Pourtant,
les bénédictions accordées aux autres tribus ont une grande valeur pour nous
aujourd'hui dans l'Église. Le Messie ne vient pas seulement accomplir la
bénédiction promise à Juda : il est comme un diamant qui incarne Israël dans
toute sa diversité. Le Messie sera un Roi comme David, issu de la tribu de
Juda. Mais Jésus remplit aussi le rôle sacerdotal de Lévi. Et il participe à la
bénédiction des nations qui se déploie à travers Éphraïm. La nation d'Israël
dans son ensemble avait été choisie pour être un royaume de prêtres. Tous
ensemble, ils devaient être le serviteur de Dieu et son instrument pour annoncer
le salut au monde. Toute la nation a son importance, même si le Messie devait
venir de la tribu de Juda.
Parfois,
dans l'Église, nous avons tendance à classer les rôles entre ce qui est
important et ce qui l'est moins. Nous pensons que certaines fonctions comptent
plus que d'autres. La vérité est que Dieu donne à chacun des dons pour
construire son Église, de sorte que chaque personne est importante. Moïse,
Aaron, Samuel et Jean-Baptiste étaient des Lévites. Josué et Débora étaient de
la tribu d'Éphraïm. Samson venait de Dan. Gédeón était de Manassé. Et Anne,
dans Luc 2:36, était de la tribu d'Aser.
Nous avons
tous un rôle à jouer. De même que tout Israël avait un rôle à jouer pour
apporter la bénédiction aux nations, nous avons tous notre place aujourd'hui
dans l'Église. Pour ceux d'entre nous qui n'ont pas grandi dans une église, ce
dont nous nous souvenons le plus de notre première visite, ce n'est pas
forcément le sermon, mais la personne qui nous a accueillis avec chaleur. Nous
avons tous un rôle essentiel.
Troisièmement, dans Genèse
49:8-12, nous voyons la bénédiction de Dieu à travers un Roi issu de Juda, qui
régnera à la manière de Joseph.
Concentrons-nous
maintenant sur la bénédiction de Juda. Joseph a été le personnage principal de
toute la dernière partie de la Genèse. Cependant, Juda a joué lui aussi un rôle
déterminant.
Dans Genèse
37, c'est Juda qui a eu l'idée de vendre Joseph comme esclave. Le chapitre 38
de la Genèse est entièrement consacré aux infidélités et aux mensonges de Juda.
Puis, au chapitre 44, Juda propose de se donner en sacrifice à la place de
Benjamin. Ce geste d'abnégation montre un véritable changement de cœur. À
présent, Genèse 49:8-12 le distingue nettement de ses frères. Reprenons la
bénédiction de Jacob à Juda expression par expression.
Genèse
49:8-12
Genèse 49:8
dit : « Juda, tes frères te loueront. » C'est un jeu de mots sur le nom de
Juda, qui signifie « Louange ». La phrase suivante, « Ta main sera sur le col
de tes ennemis », fait écho à la promesse du Messie dans Genèse 3:15,
rattachant Juda au Sauveur du monde. Poser la main sur le col de ses ennemis
revient à leur écraser la tête du talon. La formule « Les fils de ton père se
prosterneront devant toi » a de quoi nous surprendre. Dans les rêves de Joseph,
c'était devant Joseph que ses frères se prosternaient. Cette bénédiction
associe donc Juda et Joseph pour montrer que le Messie issu de Juda régnera
comme Joseph en Égypte. Comme Joseph, le Messie sera choisi. Il traversera
l'épreuve, la surmontera, sera trahi, descendra au plus bas avant d'être élevé
pour régner et sauver le monde.
Genèse
49:9-10 évoque la puissance de Juda, son règne et son jugement sur les nations.
La bénédiction promise à toutes les nations par Abraham s'accomplira par un roi
juste. L'image du lion au verset 9 illustre la force de ce roi. Au verset 10,
le sceptre et le bâton de commandement désignent son règne et son autorité sur
les peuples. Ce sceptre ne quittera pas la tribu de Juda jusqu'à ce que le
Messie vienne.
Dans Genèse
49:11-12, le règne du Messie est décrit avec le vocabulaire de l'Éden. Au
verset 11, on attache des ânesses à la vigne. Personne ne fait cela
d'ordinaire, car la vigne est fragile et l'âne risque de la détruire. Cette
image symbolise l'abondance extraordinaire de l'ère messianique. Les vêtements
lavés dans le vin prennent une couleur pourpre royale. Enfin, au verset 12, les
yeux sombres et les dents blanches sont des symboles de santé, de force et de
prospérité.
Associée à
Genèse 3:15, qui promet celui qui écrasera le serpent, cette bénédiction de
Genèse 49:8-12 constitue un texte prophétique messianique fondamental. Dans
Nombres 24, Balaam prophétise qu'aux derniers jours, un souverain portant un
sceptre royal surgira d'Israël et écrasera les princes de Moab. Cette prophétie
reprend le langage des chapitres 3 et 49 de la Genèse. En Deutéronome 31 à 33,
Moïse prononce lui aussi des bénédictions et parle des derniers jours ; il
utilise l'image du lion et de la victoire sur les ennemis, mais cette fois-ci,
c'est Dieu qui est présenté comme Roi.[iv] Ainsi, dès les premiers livres de la
Bible, l'idée d'un Roi à la fois humain et divin qui viendra aux derniers jours
est déjà présente. Plus tard, les prophéties messianiques s'appuieront sur ces
textes fondateurs. Selon le Psaume 2:8, le Messie issu de Juda régnera sur
toutes les nations. Dans Daniel 7:13-14, le Fils de l'homme reçoit l'autorité
sur tous les peuples. Apocalypse 5:5 présente Jésus comme « le Lion de la tribu
de Juda, le Rejeton de David, qui a racheté pour Dieu des hommes de toute
tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. » Ésaïe 63:1-6
reprend l'image des vêtements lavés dans le vin de Genèse 49:8-12, mais ici, le
vin sur les habits représente le sang des méchants, illustrant le règne
victorieux et le jugement du Messie. Cette même image réapparaît dans Apocalypse
19:11 et 13, où Christ, chevauchant un cheval blanc, est revêtu d'un manteau
trempé de sang. Toute cette symbolique prend sa source dans Genèse 49, dans
l'attente du règne du Messie.
Application
Pourquoi
est-ce une bonne nouvelle pour nous ? Après le péché du chapitre 3 de la
Genèse, Abraham a été la réponse de Dieu. À travers Abraham, Dieu a promis de
renverser les conséquences de la chute. Cela devait se faire par sa descendance
: un descendant qui écraserait la tête du diable. Cette descendance passe par
Isaac, puis Jacob, et maintenant par Juda. Genèse 49:8-12 nous montre comment
répondre à Jésus. Il est celui qui apporte les bénédictions de l'Éden. Il
règne. Il triomphera de ses ennemis et punira le mal. Face au jugement de ce
Roi, nous sommes appelés à nous détourner de nos péchés. Face au règne du Roi
Jésus, nous devons nous soumettre et suivre ses enseignements. Et face à son
invitation à profiter des bienfaits de l'Éden, nous pouvons goûter dès
aujourd'hui à la paix avec Dieu, à la paix intérieure, à des amitiés profondes
et vivre dans ce monde pour les projets de Dieu.
Conclusion
Je souhaite
conclure par une remarque plus théologique qui apporte un bel encouragement
pour notre vie de foi. Alors que nous terminons le livre de la Genèse, nous
pouvons nous demander comment l'auteur cherche à relier la fin du livre à son
tout début. C'est très éclairant.
La Genèse
commence par les mots : « Au commencement ». Et le chapitre 49 se termine en
nous parlant de la « suite des temps » ou des « derniers jours ». Le terme
traduit par « commencement » dans Genèse 1:1 n'est pas le mot le plus courant
pour désigner un début. C'est un mot souvent associé au terme « fin », comme
dans l'expression « du commencement jusqu'à la fin » en Deutéronome 11:12.
L'expression « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » devrait nous
amener à nous demander : « Que se passera-t-il à la fin ? » Genèse 49 répond à
cette question. C'est un peu comme en français : quand on entend « Il était une
fois », on attend naturellement « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup
d'enfants ». De la même manière, ce mot pour « commencement » nous oriente vers
la fin.
Au
commencement, Dieu a créé les cieux et la terre et a établi l'humanité pour en
prendre soin. Après notre chute dans le péché, nous attendons de voir ce que
Dieu accomplira dans les derniers temps. Au commencement, Dieu a créé l'univers
; mais selon Genèse 49, dans les derniers jours, le Messie vient. Selon Nombres
24, dans les derniers jours, le Messie vient. Selon Deutéronome 31 à 33, dans
les derniers jours, le Messie vient, triomphe de ses adversaires, et Dieu règne
en Roi. Le livre de la Genèse et l'ensemble des livres de Moïse sont conçus
pour orienter le lecteur vers les derniers jours et lui faire attendre la venue
du Messie qui sauvera le monde et restaurera l'Éden.
La Genèse
est un livre pleinement ancré dans la promesse chrétienne. Selon Genèse 3:15,
un descendant viendra un jour écraser le diable. Grâce à ce descendant
d'Abraham, toutes les familles de la terre seront bénies. Selon Genèse 15:6,
cette bénédiction s'reçoit par la foi, indépendamment de nos mérites. Selon un
schéma répété, le Sauveur du monde sera honoré, trahi par ses frères,
traversera une épreuve semblable à la mort, avant d'être élevé pour bénir le
monde entier. Et selon Genèse 49, un Roi-Lion issu de la tribu de Juda
manifestera le règne sauveur de Dieu.
La Bible
commence par une bénédiction : Dieu ne cesse d'offrir la vie de l'Éden et de
nous montrer comment en jouir et la partager. Nous voyons que Dieu désire cette
bénédiction d'Éden pour toutes les nations, en agissant à travers le peuple
d'Israël, et tout particulièrement par celui de la lignée de Juda qui régnera à
la manière de Joseph.
Lorsque
quelqu'un éternue et que vous lui dites « Que Dieu te bénisse », vous pouvez le
faire en sachant que Genèse 49 s'accomplit en Christ, pour que nous goûtions
aujourd'hui à cette vie d'Éden et que nous la souhaitions à tous. Par la foi en
Christ, nous recevons le pardon de nos fautes, ce qui nous apporte la paix avec
Dieu, la paix intérieure et la paix avec les autres. C'est cette bénédiction
que nous désirons pour le monde entier.
[i] C'est
la septième fois dans la Genèse qu'il y a une inversion dans l'ordre de la
bénédiction : 1. Les animaux terrestres et les humains 2. Caïn et Abel 3.
Japhet, Cham et Sem 4. Haran, Nachor et Abram 5. Ismaël et Isaac 6. Ésaü et
Jacob 7. Manassé et Éphraïm.
[ii] Tan,
P. L. (1996). Encyclopedia of 7700 illustrations.
[iii] Les
termes de leurs bénédictions font écho à Genèse 3:15. Entre leurs deux
bénédictions, Genèse 49:18 dit : « J'espère en ton salut, ô SEIGNEUR ! »
[iv] Sailhamer, The Meaning of the Pentateuch, p.
471.
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